dimanche 19 septembre 2010

« La Retraite », plus belle que la retraite

Pour prolonger ma chronique de ce dimanche sur France Info, deux petits regrets-repentirs-choix bien obligés sur deux chansons qui n'y sont pas. D'abord j’aime beaucoup Les Retraités, la chanson de Thierry Stremler, pas follement gaie, il faut bien le dire.
Et plus encore, mais elle n’est pas tout à fait exactement dans le sujet du jour, La Retraite d’Allain Leprest. Texte magnifique, d’un optimisme désespéré, d’une lumière trop belle pour la vie – comme un rêve, mon Dieu ! Je ne suis pas tout à fait sûr que les derniers couplets arrivent souvent dans la vraie vie. Mais quelle beauté que celui-ci :
« T'as beau dire qu'on nous rend le cœur
Une fois vidé du meilleur
Qu'ils ont pris le tronc et la force
Qu'ils ne rapportent que l'écorce
N'empêche c'est déjà moins con
Que soit consigné le flacon
Qu'après le festin on nous laisse
Les arêtes de la vieillesse
Le temps d'finir la cigarette.
La retraite ! »

dimanche 12 septembre 2010

Une bavure chez Mireille

Pour prolonger ma chronique de ce dimanche sur France Info, une petite remarque sur Les Trois Gendarmes, chanté en 1933 par Mireille, qui en avait composé la musique pour le texte de Jean Nohain. Je ne crois pas sur-solliciter le texte en disant qu’il raconte une histoire de ripoux. C’est aussi une chanson de plus qui parle de la violence faite aux femmes.
Les deux premiers gendarmes pillent son panier d’œufs, le troisième déchire sa robe et lui dit « C'est toi que j'gobe/Viens par là, j'vais t'épouser ». Certes, elle finit la chanson en disant qu’elle se marie avec lui, mais la description est néanmoins celle d’un viol. D’ailleurs, lire le texte sans la musique fait plutôt froid dans le dos.
J'ai un vague souvenir d'une autre chanson sur la même trame, mais j'ai un gros trou de mémoire...

dimanche 5 septembre 2010

Romanichels, roms, tziganes, manouches

Pour prolonger ma chronique sur France-Info aujourd’hui dans « Ces chansons qui font l’histoire » et les trois chansons qui y ont été diffusées, voici quelques autres chansons sur ou avec des Roms, des Gitans, des Manouches, par ordre à peu près chronologique. Il en manque, assurément…

Bohémienne aux grands yeux noirs : Tino Rossi
La Roulotte des gitans : Rina Ketty
Le Gitan et la fille : Edith Piaf
Gitane : Francis Lopez
L’Étrangère : Léo Ferré, Sanseverino (texte de Louis Aragon)
Prière bohémienne : Félix Leclerc
Tzigane : Félix Leclerc
Les Gitans : Compagnons de la chanson
Lis-moi dans la main tzigane : Marie-José
Le Tzigane : Pia Colombo (texte de Boris Vian)
Magali : Robert Nyel
Les Deux guitares : Charles Aznavour
Les Derniers tziganes : Jean Ferrat
Les Nomades : Jean Ferrat
Gitane : Dalida
Tzigane : Dalida
Bohémienne et diva : Frédéric François
Le Gitan qui rit tout le temps : Gilbert Bécaud
Maria Szusanna : Michèle Bernard
Le Gitan : Daniel Guichard
Salut manouche : Renaud
Gitans : Francis Cabrel
Les gens du voyage : Gildas Arzel
Bohémienne : Notre Dame de Paris
La Gitane : Félix Gray
Gitan : Garou
Bohémienne : Marjo
Le Manouche : Zebda
Les Gitans : Mano Solo
Johnny : Bratsch
Sur les chemins de la bohème : La Rue Kétanou

vendredi 3 septembre 2010

« Ces chansons qui font l’histoire », toute l’année

Après quarante-neuf chansons en quarante-neuf jours sur France-Info cet été (cinquante, même, puisqu'il y en a eu une de plus "au cas où", qu'on ne trouve que sur le net), voici que « Ces chansons qui font l’histoire » devient une chronique hebdomadaire, tous les dimanches à 11h19, 13h49, 16h19, 19h47, 21h19 et 23h47 (six diffusions, donc).
Tout le long de l’année, mes chroniques seront centrées sur des thèmes d’actualité, avec des souvenirs, des paradoxes, des contrastes, des décalages puisés dans l’histoire de la chanson. Et, de temps à autre, des prolongements ici même, avec des listes comme je les aime, d’autres histoires, d’autres contrepieds, d’autres contrepoints (outre la diffusion des chroniques sur le site de France-Info pendant quelques jours après diffusion).
Et, par ailleurs, le livre est bien en librairie.

lundi 30 août 2010

Encore un…

Christian Pirot sort un nouveau livre de sa collection « Collectif chanson », Les grands interprètes. J’y signe les articles Juliette Gréco, dire ce qui n’a pas été dit dans ce qui est dit et Le métier d’être Johnny Hallyday, qu’il m’a bien intéressé d’écrire sur un angle assez neuf pour moi.
Cela me fait deux textes de plus dans la série, après Charles Trenet, un certain art du masque dans le volume Chroniques d’un âge d’or et L’affaire Vincent Delerm dans Le Bel Aujourd’hui de la chanson.
Et je devrais signer encore deux textes dans le prochain volume de la série, l’année prochaine – une star et un quasi-inconnu, je n’en dis pas plus…

mardi 13 juillet 2010

Ma série d’été, mon livre de rentrée


Cet été, je suis pendant quarante-neuf jours sur France-Info : sept semaines à raison d’une chronique par jour. Ces chansons qui font l’histoire sera aussi un livre le 25 août (coédition France Info-Textuel, la couverture ci-contre) avec onze chansons de plus. Déjà, il y a eu Asimbonanga de Johnny Clegg, hier, et Les Divorcés de Michel Delpech, aujourd’hui. Puis La Marseillaise, Le Régiment de Sambre et Meuse, Lili Marleen, Wannabe des Spice Girls, Amazing Grace… Je me suis bien amusé à écrire et à enregistrer. Tous les jours, une page nouvelle sur le site de France-Info pour écouter les chroniques si on les a ratées pendant les diffusions multiples.
Les horaires : du lundi au vendredi à 9h47, 11h47, 13h37, 17h37 et 21h37, le samedi à 9h49, 11h40, 13h47, 15h47, 17h17, 18h40, 21h17, 23h17 et 0h40 (neuf fois !), le dimanche à 10h17, 13h37, 17h37, 21h47 et 23h07.

samedi 3 avril 2010

Lise Lévitzky, enfin…

J’en avais entendu parler il y a dix-neuf ans quand on avait annoncé dans la presse que la première épouse de Serge Gainsbourg allait écrire ses mémoires. Mais le livre n’était pas venu… Après un certain nombre d’aventures pas toujours drôles pour elle, il m’est échu finalement d’aider Lise Lévitzky à écrire le récit de sa vie – « Quarante ans d’amour avec Serge Gainsbourg », dit le bandeau.
Belle aventure parce que belle rencontre. Et beau livre (c’est celui de Lise, pas le mien !), et beau récit, et beaux enseignements d’une vie rude, fervente, incroyablement romanesque.
Lise et Lulu parait donc le 15 avril chez mes amis de First. Je suis bien heureux d’avoir aidé à ce que cette histoire vienne enfin au jour.

samedi 13 mars 2010

Jean Ferrat, verbatim

J’aimais évidemment Jean Ferrat. Je l’avais plusieurs fois interviewé. Un joli souvenir d’une rencontre de 2003 :

« J’ai souvent traité en chanson des thèmes qui ne sont pas a priori des thèmes de chansons. C’est cela ma caractéristique, je pense. Plus on écrit sur des sujets qu’on peut penser inadaptés à la chanson, plus on est sur la corde raide. C’est terriblement difficile pour ne pas déraper d’un côté ou de l’autre.
Mais souvent vos chansons, même si elles sont très écrites, contiennent des expressions très familières, comme votre fameux Pauvres petits cons...
En effet, je privilégie souvent l’expression qui veut dire quelque chose à un langage extrèmement raffiné. « Pauvres petits cons », c’est une locution courante et il me semble qu’en l’occurrence, elle était particulièrement adaptée.

Vous êtes volontiers satirique...
Oh oui, j’ai fait des chansons satiriques, comme Jeunes imbéciles, sur les révolutionnaires soixante-huitards qui étaient sur les barricades et dont on voit où ils sont maintenant.

Vous n’avez pas aimé les révolutionnaires de mai-68 ?
Mais si, je les aimé, j’étais avec eux ! J’ai occupé Bobino, j’ai été à la Sorbonne... Certes, je n’ai pas été sur les barricades, ce n’était déjà plus de mon âge. Ce qui était touchant, c’est le jaillissement qu’ils ont provoqué à cette époque, qui était une jouvence extraordinaire en même temps que d’une extraordinaire puérilité. Tout d’un coup ils avaient la révélation et personne n’avait rien fait avant eux. Ils découvraient le monde du travail, l’exploitation capitaliste, des vieux qui maintenaient leur châpe de plomb et contre qui personne ne s’était jamais battu ! C’était d’une fraîcheur incroyable et sympathique, mais exaspérante. Ils niaient tous les efforts, toutes les luttes, tous les combats qui avaient eu lieu avant eux et dont ils se foutaient carrément.
On a créé un comité des jeunes de la variété, avec sans arrêt des réunions. On allait dans les usines en grève distraire le peuple en lutte. Ça avait des côtés formidables et des côtés un peu énervants. Comme ça, je suis allé chanter pour les grévistes chez Renault à Billancourt.
Il y avait de tout en 68, et même des « maos » pur jus avec leur livre rouge brandi dans la France profonde – la pensée de Mao dans la Sarthe ! C’était d’une puérilité à vous faire tomber les bras. Mais il y avait quelque chose qui se passait, une certaine France en mouvement. Et il est issu de ce mouvement des choses qui ont changé le visage de la France, surtout dans le domaine des mœurs, mais aussi dans le domaine strictement syndical.
Avant mai 68, on a dit « la France s’ennuie ». Elle s’était réveillée mais elle est vite retombée. Alors je suis parti en voyage aux États-Unis avec Eddie Barclay. Comme je suis très joueur, ça m’a beaucoup plu...


Vous jouez beaucoup ?
Je joue aux cartes - au poker, à la belote, au rami -, aux dames, à la pétanque, à la lyonnaise, à tout ce que vous voulez. Mais le casino m’ennuie un peu. Si j’y joue, c’est au vingt et un.

Avec vos chansons, on vous imaginerait plutôt puritain...
Pas du tout. J’aime rigoler avec les copains, boire un coup, jouer, tout ça...

La chanson est-elle un métier facile ?
Non, ce n’est pas un métier facile. Mais les gens ne savent pas si c’est facile ou pas ; ils reçoivent ce qu’on leur donne. Et, en général, c’est les paillettes. Ils ne voient que des gens joyeux, qui gagnent des sous. Il y a une distorsion terrible dans le public, entre la réalité qu’ils perçoivent à propos de quelques-uns et la vraie condition de tous les autres, de tous les soutiers de la chanson.
Aviez-vous des modèles, à vos débuts ?
Dans les années d’après-guerre, les chansons de Prévert et Kosma. Puis le répertoire que chantait Montand, qui était d’une extrème qualité, et qui m’a beaucoup influencé, non pas tant par son côté social ou politique, mais par la qualité des textes et des musiques dont il arrivait à faire des succès. C’est la démarche que, depuis le début, j’ai essayé de suivre.
Ce qui est pour moi un sujet de satisfaction, c’est d’avoir mis dans la rue des chansons issues de la grande poésie française, en particulier Aragon. Et je l’ai fait à l’encontre de tout ce qu’on me disait et de tout ce qu’on entend encore chez les gens de radio, chez les gens de ce métier dégueulasse, de ces marchands de merde qui tiennent aujourd’hui les propos qu’on me tenait à cette époque : « Oh c’est bien ce que vous faites, c’est beau, mais ça n’intéressera personne. C’est pour un petit cabaret de la rive gauche... » Et moi, j’ai prouvé le contraire. Et ces connards, vous croyez que ça leur a servi de leçon ? Non, on entend la même musique : ça c’est pour les jeunes, ça c’est pour les moins de quinze ans, les jeunes beurs, les jeunes blacks, les jeunes citadins… Mais où sommes-nous ? Enfin, je m’énerve. Des fois, ça déborde ! »

lundi 8 mars 2010

Un nouveau livre (encore !) : "Les Miscellanées de la chanson française"

Je sors un nouveau livre cette semaine, Les Miscellanées de la chanson française. Une vieille idée qui était née tout naturellement dans mon ordinateur, il y a des années, en faisant des listes – les jours de la semaine, les Holland-Dozier-Holland chantés par Claude François, les chanteurs morts en voiture, les chansons qui commentent des élections…
J’en ai parlé un jour à Gilles Verlant, ça l’a amusé, il en a lancé d’autres, j’ai écrit d’autres livres entretemps et donc le voici enfin, sous une couverture bleue bien chanson française, chez Fetjaine.
Il y a plein de listes, donc, plein d’histoires, plein d’anecdotes. Et puis des jeux, des private jokes, des citations idiotes, des secrets, des bizarreries, des indiscrétions (quelques passages sont parus sur ce blog, d’ailleurs). Je me suis bien amusé, évidemment. Les Miscellanées de la chanson française arrivent ces jours-ci dans les librairies, et se commandent à la
Fnac ou sur Amazon. Youpi.

vendredi 19 février 2010

Que reste-t-il de MC Solaar ? (au moins ça)

« Les nouveaux riches sont plus sincères
Ils savent mieux s’envoyer en l’air
A part peut-être MC Solaar
Qui doit bien planquer sa Jaguar
Et sa gourmette de chez Cartier
Qui fait chelou dans son quartier »

Sarclo, Les Riches, 1996

« Toi qui a mis
Sur ma langue ta langue amie
Et dans mon cœur un décalcomanie
Marqué liberté liberté chérie
Je donne des parts
Pour ce moment délicieux hasard
Adamo, MC Solaar »

Alain Souchon, Le Baiser, 1999

« Entre Rimbaud et Rambo
Y a quelque chose qui sonne faux
Entre Mozart et Solaar
C'est la même histoire »

Gérard Lenorman, Entre Lénine et Lennon, 2000

« Georges-Alain prendrait sa guitare
Cabrel viendrait lui montrer
Solaar s'il n'est pas en retard
Faut toujours pas rêver »

Jérémy Chatelain, Je veux qu’on m’enterre, 2006

« Je vois très bien en colibri
La belle Vanessa Paradis
Son Johnny Depp en très gentil moineau
Nougaro en petit taureau
Noiret en jeune éléphanteau
MC Solaar s'rait très bien en agneau »

Eddy Mitchell, L’Arche de Noé revisitée, 2006

lundi 8 février 2010

Willie Nelson, ou comment se tromper d’Amérique

Comment une star se plante-t-elle ? Comment un symbole peut-il se mettre hors sujet ? Il sort ses jours-ci un nouvel album de standards par Willie Nelson, American Classic, qui illustre combien on peut être américain, classique et pourtant à côté du propos. Déjà, il y a quelques temps, il avait enregistré Two Men With the Blues avec Wynton Marsalis – deux immenses personnalités, deux immenses talents, deux incontestables trajectoires américaines et quel plat, quel crash, quel effondrement… Et une belle erreur dans le titre : non, Willie Nelson peut exprimer mille sentiments, mille états d’âme, mille situations, mais certainement pas le blues.
Avec American Classic, même déception. Il y a Joe Sample, Christian McBride et Lewis Nash à la rythmique sur une bonne partie des titres, et pourtant tout ce qui devrait swinguer est amolli, dénervé, amorti. The Nearness of You, Come Rain or Come Shine, Ain’t Misbehaving, tout ce qui devrait s’insérer dans une tradition de doigts qui claquent et de mesure bien marquée se retrouve curieusement moelleux, rectiligne, éclairé a giorno. Pourtant, Willie Nelson a souvent su poivrer ses disques, leur donner une âpreté et un rugueux qui disaient la vraie vie, les sentiments forts, la rudesse du destin – l’Amérique, quoi.
Curieuse leçon : personne n’est un génie partout ; il existe parfois des frontières de genre, et qui comptent vraiment. Et, quand on parle de l’Amérique, il faut donc croire qu’il n’y a pas une seule Amérique…

mercredi 3 février 2010

Christophe, au passage

Petite rencontre, hier, avec Christophe, pour une interview filmée réalisée en pool. Plaisir romanesque, toujours, du dialogue dans lequel il rêve de Timbaland et Thom Yorke, de ses envies à la Kubrick ou à la Lynch. La posture unique de cet interviewé qui dit à l’intervieweur : « Si vous ne me rattrapez pas au vol, ce n’est pas moi qui vais vous rattraper. »
Attrapés au vol, quelques copeaux d’un discours touffu, emmêlé, foisonnant, torrentueux, joycien, étourdissant :
« Je suis un voyeur, j’adore entendre les autres dans le silence. J’adore entendre les autres parler. »
« Je crois que je n’ai jamais eu le mauvais côté de l’ego. J’ai un ego qui m’aide à me construire. »
« C’est comme un film de science-fiction, la création. Je ne comprends pas toujours comment ça se fait. »
« Je me souviens de Michel Drucker annonçant : « Eh maintenant, Mireille Mathieu va chanter devant vous a cappella. » Moi, jamais je ne ferai ça. L’a cappella, c’est pour les chanteurs. Je ne suis pas un chanteur. »
« Si je pouvais ne chanter qu’à minuit, j’aurais été un grand chanteur. Comment on peut avoir du feeling à 20h30 ? »