mardi 13 juillet 2010

Ma série d’été, mon livre de rentrée


Cet été, je suis pendant quarante-neuf jours sur France-Info : sept semaines à raison d’une chronique par jour. Ces chansons qui font l’histoire sera aussi un livre le 25 août (coédition France Info-Textuel, la couverture ci-contre) avec onze chansons de plus. Déjà, il y a eu Asimbonanga de Johnny Clegg, hier, et Les Divorcés de Michel Delpech, aujourd’hui. Puis La Marseillaise, Le Régiment de Sambre et Meuse, Lili Marleen, Wannabe des Spice Girls, Amazing Grace… Je me suis bien amusé à écrire et à enregistrer. Tous les jours, une page nouvelle sur le site de France-Info pour écouter les chroniques si on les a ratées pendant les diffusions multiples.
Les horaires : du lundi au vendredi à 9h47, 11h47, 13h37, 17h37 et 21h37, le samedi à 9h49, 11h40, 13h47, 15h47, 17h17, 18h40, 21h17, 23h17 et 0h40 (neuf fois !), le dimanche à 10h17, 13h37, 17h37, 21h47 et 23h07.

samedi 3 avril 2010

Lise Lévitzky, enfin…

J’en avais entendu parler il y a dix-neuf ans quand on avait annoncé dans la presse que la première épouse de Serge Gainsbourg allait écrire ses mémoires. Mais le livre n’était pas venu… Après un certain nombre d’aventures pas toujours drôles pour elle, il m’est échu finalement d’aider Lise Lévitzky à écrire le récit de sa vie – « Quarante ans d’amour avec Serge Gainsbourg », dit le bandeau.
Belle aventure parce que belle rencontre. Et beau livre (c’est celui de Lise, pas le mien !), et beau récit, et beaux enseignements d’une vie rude, fervente, incroyablement romanesque.
Lise et Lulu parait donc le 15 avril chez mes amis de First. Je suis bien heureux d’avoir aidé à ce que cette histoire vienne enfin au jour.

samedi 13 mars 2010

Jean Ferrat, verbatim

J’aimais évidemment Jean Ferrat. Je l’avais plusieurs fois interviewé. Un joli souvenir d’une rencontre de 2003 :

« J’ai souvent traité en chanson des thèmes qui ne sont pas a priori des thèmes de chansons. C’est cela ma caractéristique, je pense. Plus on écrit sur des sujets qu’on peut penser inadaptés à la chanson, plus on est sur la corde raide. C’est terriblement difficile pour ne pas déraper d’un côté ou de l’autre.
Mais souvent vos chansons, même si elles sont très écrites, contiennent des expressions très familières, comme votre fameux Pauvres petits cons...
En effet, je privilégie souvent l’expression qui veut dire quelque chose à un langage extrèmement raffiné. « Pauvres petits cons », c’est une locution courante et il me semble qu’en l’occurrence, elle était particulièrement adaptée.

Vous êtes volontiers satirique...
Oh oui, j’ai fait des chansons satiriques, comme Jeunes imbéciles, sur les révolutionnaires soixante-huitards qui étaient sur les barricades et dont on voit où ils sont maintenant.

Vous n’avez pas aimé les révolutionnaires de mai-68 ?
Mais si, je les aimé, j’étais avec eux ! J’ai occupé Bobino, j’ai été à la Sorbonne... Certes, je n’ai pas été sur les barricades, ce n’était déjà plus de mon âge. Ce qui était touchant, c’est le jaillissement qu’ils ont provoqué à cette époque, qui était une jouvence extraordinaire en même temps que d’une extraordinaire puérilité. Tout d’un coup ils avaient la révélation et personne n’avait rien fait avant eux. Ils découvraient le monde du travail, l’exploitation capitaliste, des vieux qui maintenaient leur châpe de plomb et contre qui personne ne s’était jamais battu ! C’était d’une fraîcheur incroyable et sympathique, mais exaspérante. Ils niaient tous les efforts, toutes les luttes, tous les combats qui avaient eu lieu avant eux et dont ils se foutaient carrément.
On a créé un comité des jeunes de la variété, avec sans arrêt des réunions. On allait dans les usines en grève distraire le peuple en lutte. Ça avait des côtés formidables et des côtés un peu énervants. Comme ça, je suis allé chanter pour les grévistes chez Renault à Billancourt.
Il y avait de tout en 68, et même des « maos » pur jus avec leur livre rouge brandi dans la France profonde – la pensée de Mao dans la Sarthe ! C’était d’une puérilité à vous faire tomber les bras. Mais il y avait quelque chose qui se passait, une certaine France en mouvement. Et il est issu de ce mouvement des choses qui ont changé le visage de la France, surtout dans le domaine des mœurs, mais aussi dans le domaine strictement syndical.
Avant mai 68, on a dit « la France s’ennuie ». Elle s’était réveillée mais elle est vite retombée. Alors je suis parti en voyage aux États-Unis avec Eddie Barclay. Comme je suis très joueur, ça m’a beaucoup plu...


Vous jouez beaucoup ?
Je joue aux cartes - au poker, à la belote, au rami -, aux dames, à la pétanque, à la lyonnaise, à tout ce que vous voulez. Mais le casino m’ennuie un peu. Si j’y joue, c’est au vingt et un.

Avec vos chansons, on vous imaginerait plutôt puritain...
Pas du tout. J’aime rigoler avec les copains, boire un coup, jouer, tout ça...

La chanson est-elle un métier facile ?
Non, ce n’est pas un métier facile. Mais les gens ne savent pas si c’est facile ou pas ; ils reçoivent ce qu’on leur donne. Et, en général, c’est les paillettes. Ils ne voient que des gens joyeux, qui gagnent des sous. Il y a une distorsion terrible dans le public, entre la réalité qu’ils perçoivent à propos de quelques-uns et la vraie condition de tous les autres, de tous les soutiers de la chanson.
Aviez-vous des modèles, à vos débuts ?
Dans les années d’après-guerre, les chansons de Prévert et Kosma. Puis le répertoire que chantait Montand, qui était d’une extrème qualité, et qui m’a beaucoup influencé, non pas tant par son côté social ou politique, mais par la qualité des textes et des musiques dont il arrivait à faire des succès. C’est la démarche que, depuis le début, j’ai essayé de suivre.
Ce qui est pour moi un sujet de satisfaction, c’est d’avoir mis dans la rue des chansons issues de la grande poésie française, en particulier Aragon. Et je l’ai fait à l’encontre de tout ce qu’on me disait et de tout ce qu’on entend encore chez les gens de radio, chez les gens de ce métier dégueulasse, de ces marchands de merde qui tiennent aujourd’hui les propos qu’on me tenait à cette époque : « Oh c’est bien ce que vous faites, c’est beau, mais ça n’intéressera personne. C’est pour un petit cabaret de la rive gauche... » Et moi, j’ai prouvé le contraire. Et ces connards, vous croyez que ça leur a servi de leçon ? Non, on entend la même musique : ça c’est pour les jeunes, ça c’est pour les moins de quinze ans, les jeunes beurs, les jeunes blacks, les jeunes citadins… Mais où sommes-nous ? Enfin, je m’énerve. Des fois, ça déborde ! »

lundi 8 mars 2010

Un nouveau livre (encore !) : "Les Miscellanées de la chanson française"

Je sors un nouveau livre cette semaine, Les Miscellanées de la chanson française. Une vieille idée qui était née tout naturellement dans mon ordinateur, il y a des années, en faisant des listes – les jours de la semaine, les Holland-Dozier-Holland chantés par Claude François, les chanteurs morts en voiture, les chansons qui commentent des élections…
J’en ai parlé un jour à Gilles Verlant, ça l’a amusé, il en a lancé d’autres, j’ai écrit d’autres livres entretemps et donc le voici enfin, sous une couverture bleue bien chanson française, chez Fetjaine.
Il y a plein de listes, donc, plein d’histoires, plein d’anecdotes. Et puis des jeux, des private jokes, des citations idiotes, des secrets, des bizarreries, des indiscrétions (quelques passages sont parus sur ce blog, d’ailleurs). Je me suis bien amusé, évidemment. Les Miscellanées de la chanson française arrivent ces jours-ci dans les librairies, et se commandent à la
Fnac ou sur Amazon. Youpi.

vendredi 19 février 2010

Que reste-t-il de MC Solaar ? (au moins ça)

« Les nouveaux riches sont plus sincères
Ils savent mieux s’envoyer en l’air
A part peut-être MC Solaar
Qui doit bien planquer sa Jaguar
Et sa gourmette de chez Cartier
Qui fait chelou dans son quartier »

Sarclo, Les Riches, 1996

« Toi qui a mis
Sur ma langue ta langue amie
Et dans mon cœur un décalcomanie
Marqué liberté liberté chérie
Je donne des parts
Pour ce moment délicieux hasard
Adamo, MC Solaar »

Alain Souchon, Le Baiser, 1999

« Entre Rimbaud et Rambo
Y a quelque chose qui sonne faux
Entre Mozart et Solaar
C'est la même histoire »

Gérard Lenorman, Entre Lénine et Lennon, 2000

« Georges-Alain prendrait sa guitare
Cabrel viendrait lui montrer
Solaar s'il n'est pas en retard
Faut toujours pas rêver »

Jérémy Chatelain, Je veux qu’on m’enterre, 2006

« Je vois très bien en colibri
La belle Vanessa Paradis
Son Johnny Depp en très gentil moineau
Nougaro en petit taureau
Noiret en jeune éléphanteau
MC Solaar s'rait très bien en agneau »

Eddy Mitchell, L’Arche de Noé revisitée, 2006

lundi 8 février 2010

Willie Nelson, ou comment se tromper d’Amérique

Comment une star se plante-t-elle ? Comment un symbole peut-il se mettre hors sujet ? Il sort ses jours-ci un nouvel album de standards par Willie Nelson, American Classic, qui illustre combien on peut être américain, classique et pourtant à côté du propos. Déjà, il y a quelques temps, il avait enregistré Two Men With the Blues avec Wynton Marsalis – deux immenses personnalités, deux immenses talents, deux incontestables trajectoires américaines et quel plat, quel crash, quel effondrement… Et une belle erreur dans le titre : non, Willie Nelson peut exprimer mille sentiments, mille états d’âme, mille situations, mais certainement pas le blues.
Avec American Classic, même déception. Il y a Joe Sample, Christian McBride et Lewis Nash à la rythmique sur une bonne partie des titres, et pourtant tout ce qui devrait swinguer est amolli, dénervé, amorti. The Nearness of You, Come Rain or Come Shine, Ain’t Misbehaving, tout ce qui devrait s’insérer dans une tradition de doigts qui claquent et de mesure bien marquée se retrouve curieusement moelleux, rectiligne, éclairé a giorno. Pourtant, Willie Nelson a souvent su poivrer ses disques, leur donner une âpreté et un rugueux qui disaient la vraie vie, les sentiments forts, la rudesse du destin – l’Amérique, quoi.
Curieuse leçon : personne n’est un génie partout ; il existe parfois des frontières de genre, et qui comptent vraiment. Et, quand on parle de l’Amérique, il faut donc croire qu’il n’y a pas une seule Amérique…

mercredi 3 février 2010

Christophe, au passage

Petite rencontre, hier, avec Christophe, pour une interview filmée réalisée en pool. Plaisir romanesque, toujours, du dialogue dans lequel il rêve de Timbaland et Thom Yorke, de ses envies à la Kubrick ou à la Lynch. La posture unique de cet interviewé qui dit à l’intervieweur : « Si vous ne me rattrapez pas au vol, ce n’est pas moi qui vais vous rattraper. »
Attrapés au vol, quelques copeaux d’un discours touffu, emmêlé, foisonnant, torrentueux, joycien, étourdissant :
« Je suis un voyeur, j’adore entendre les autres dans le silence. J’adore entendre les autres parler. »
« Je crois que je n’ai jamais eu le mauvais côté de l’ego. J’ai un ego qui m’aide à me construire. »
« C’est comme un film de science-fiction, la création. Je ne comprends pas toujours comment ça se fait. »
« Je me souviens de Michel Drucker annonçant : « Eh maintenant, Mireille Mathieu va chanter devant vous a cappella. » Moi, jamais je ne ferai ça. L’a cappella, c’est pour les chanteurs. Je ne suis pas un chanteur. »
« Si je pouvais ne chanter qu’à minuit, j’aurais été un grand chanteur. Comment on peut avoir du feeling à 20h30 ? »

samedi 30 janvier 2010

Die Antwoord, sommet white trash

Le meilleur groupe white trash au monde vient de l'univers zef. Dans le zef, sous-culture afrikaaner de banlieues miteuses, on retrouve l’esprit qui souffle peut-être autant dans les trailer parks d’où sortent Eminem, Lynndie England et ma bien-aimée Candye Kane que dans nos banlieues de pavillons où prospèrent Orelsan ou Soldat Louis. Je suis tombé l’autre jour sur Die Antwoord, trio rap du Cap (Kaapstad, en l’occurrence). Incroyable mauvais genre ethno-punkette givrée de Yo-Landi Vi$$er, tatouages de reprise de justice (ou de légionnaire au gnouf) de Ninja, beats crades du DJ Hi-Tek (et sa tronche, mon Dieu !). On croise le pire et le meilleur, l’explosion électro-punk en afrikans et le refrain techno-pop, le cliché gangsta US et des clashes sonores qui ne doivent exister qu’au Cap. Deux vidéos. Zef Side, leur single, sur un EPK avec interview et des images de reportage qui éclairent sur le contexte. Et puis leur tube Doos dronk dans un contexte white trash européen assez impressionnant. J’adore.


mardi 26 janvier 2010

Fool’s Gold : l’überworld est là

Le boulot nous amène à de drôles de rencontres. Depuis deux jours, je ne lâche pas, alternativement, l’album de Fool’s Gold sur Spotify et leurs vidéos sur leur Myspace. Il fallait trouver l’idée : emmêler highlife, soukouss, afrobeat, beat éthiopien, mbalax, musiques maliennes et quelques échos moyen-orientaux, tout ça à Los Angeles avec des musiciens (tous blancs ou à peine bistres) venus essentiellement du rock. Comme les deux fondateurs, Lewis Pesacov (qui a travaillé avec Konono n°1 et Vieux Farka Touré) et Luke Top, sont israéliens, la plupart des chansons sont en hébreu, ce qui ne manque pas d’un certain sel.
Mieux que la world, une sorte d’überworld dans lequel le monde se met volontiers à l’envers, dans lequel les emprunts et les ascendances se dessinent absolument sans complexe. On avait entendu chez nous
l’Éthiopie bretonne de Badume’s Band, et j’aime bien l’idée de ces Américains jouant cette musique africaine notamment parce qu’elle va bien avec la chaleur et le désert californiens.

mercredi 20 janvier 2010

Quelques proverbes

Après la pluie, le beau temps, Patrice et Mario (photo), 1948
Le travail c’est la santé, Henri Salvador, 1965
Quand faut y aller, faut y aller, Henri Salvador, 1966
Jamais deux sans trois, Pierre Bachelet, 1976
Mieux vaut tard que jamais, Admirall, 1999
L'important c'est de participer, Bertrand Betsch, 2005
Pas de bras, pas de chocolat, Bertrand Betsch, 2005

En revanche, Dans la vie faut pas s'en faire par Maurice Chevalier n'est pas inspiré d'un proverbe. C'est le succès la chanson qui a suscité l'emploi proverbial de son refrain.

lundi 18 janvier 2010

Twin Twin : les années 80 en mieux

L'autre jour, ma joyeuse camarade Marie Audigier présentait au Lavoir Moderne Parisien les artistes de structure ODJ Music. Cascadeur, que l'on a pas mal l'occasion de croiser ces temps-ci, et Twin Twin. Mon Dieu ! Le time warp ! J'ai été ravi sur le coup et je ne suis toujours pas redescendu. Je retourne régulièrement à leur Myspace qui me réjouit raiment.
Le pitch ? Les années 80 comme on aurait aimé qu'elles soient. Quelque chose de joyeux, sans que pour autant les textes expriment l'inconscience si bien portée à l'époque. Des rythmiques survoltées qui ne cherchent pas l'hypnose. Des textures low tech qui expriment une vraie allégresse et pas le spleen vaguement mancunien de la première new wave. Des titres comme Vive la vie sont brillants, surtout sur scène. Et j’ai trouvé
une version en vidéo qui fait un peu penser à la préhistoire de Bérurier Noir, avec moins de colle à rustine et moins d’auto-apitoiement. Les titres du Myspace ont encore un peu trop de sérieux slam-rap mais, en concert, ils entrent dans une ébullition particulièrement généreuse. Cela faisait une certaine lurette que je n’étais pas amusé autant à un concert de nouvel artiste.

jeudi 14 janvier 2010

Merde in Dutronc

Hier au Zénith pour le concert de Jacques Dutronc. Que des tubes. Et j’ai encore bien ri – si on appelle ça rire – avec Merde in France, à la fin du set. Chanson en yaourt, c’est entendu. Mais avec des paroles, des vraies. Au début :
« Hey la fauchonne conne d'you, mouloud
Lavabo trottoir Mouloudji
Merde in France »

J’aime le sens de tout cela : « Lavabo trottoir Mouloudji merde in France ». Évidemment, ça ne veut rien dire. « Lavabo trottoir Mouloudji merde in France », ça ne signifie rien, c’est du yaourt. C’est ce qu’il a dit quand c’est sorti, en 1984. Ça ne veut rien dire.
Mais, déjà, en 1992 au Casino de Paris, il y avait un changement. Il a commencé à chanter « Lavabo trottoir mouloud merde in France ». Et encore, « mouloud », ce n’est pas tout à fait ça. C’est plutôt « mmoulud » sur un timbre sourd, avec un petit dièse et une note plus longue pour compenser la disparition d’une syllabe. Et c’est à chaque fois comme ça. Exactement les mêmes mots, les mêmes notes, les mêmes tout. On va finir par croire que « Lavabo trottoir Mouloudji merde in France », ça voulait dire quelque chose, puisqu’on ne le chante plus.
Cela dit, le concert est très bien.