lundi 17 décembre 2007

Carla Bruni et le péché

Je suis surpris, depuis quelques années, par la manière dont Carla Bruni est désignée comme pécheresse. C’était le fond d’interminables discussions, début 2003, quelques temps après que fut sorti son premier album (Libé, Le Monde et Le Parisien avaient titré tous les trois « Chanteuse modèle »). On ne contestait pas que ce soit pas mal, peut-être même bien, mais déjà trop entendu, trop vu, trop promotionné. Des chansons cousues de fil blanc, taillées pour la gloire, programmées pour le succès.
Il y a eu quelques conversations déplaisantes. Pourtant, elle était allée chercher Louis Bertignac, pas Jean-Jacques Goldman, Didier Barbelivien ou Jean Lamoot – selon les besoins qu’elle aurait eus. Et Louis Bertignac était quand même, avant justement qu’elle le rédime, un gentil cambouis vaguement ronwoodiste et plutôt franchement ringard. A cette époque, les chanteuses devaient encore gueuler pour gagner leur pain, on n’avait pas enterré Lara Fabian, la Kaas n’était pas en exil, Jenifer venait de pointer son haut-parleur : la mode n’était pas au susurré, au tout doux, à la « langue de chat », comme elle disait. Mais tant pis : elle était forcément dans l’air du temps, puisque ça marchait. Et si elle l’était, c’était parce que c’était fabriqué pour ça. D’ailleurs, ça avait couté des millions, ça avait été masterisé à Los Angeles (pourtant, ce n’était pas écrit sur la pochette), ça n’était même pas elle qui chantait vraiment.
Donc, la Carla était un produit. Une machination, une manœuvre, une construction. Et cela est un péché – qu’y peut-on, ce que l’on exige de sa télévision est interdit aux chanteurs.
La question n’est pas de savoir si c’est parce qu’elle est belle, parce qu’elle née riche, parce qu’elle a été mannequin, parce qu’elle est libre, mais on a bien senti à ce moment-là que Carla Bruni était sale d’un péché originel singulier : tout en elle était forcément faux, puisque superbe ; tout en elle était mensonge parce que successfull.
Depuis hier s’ajoute un péché pire, ou plutôt un catalogue de péchés. L’homme politique, le pouvoir, l’addition des renommées, l’assomption des photos, le mélange des sangs avec la droite… Ça répugne ? Alors on réécrit dare-dare le passé. Ses chansons n’ont jamais été belles, son succès était un effet de mode, cette fille est décidemment d’une âme noire…
Quelle opinion pourrais-je avoir sur ses amours ? Aucune, comme sur celles de quiconque n’est pas de mes proches. Ni dragées, ni pronostic, ni position morale. Rien non plus à dire sur ce que cela signifie sur notre époque, une époque de corruption et d’affaissement éthique. Un peu d’embarras quant aux enfants qui doivent assumer ce qu’ils lisent sur leurs parents en passant devant les kiosques ; un peu d’embarras quant aux difficultés qu’il y a à vivre sa vie privée au su de tous, et surtout de ceux qui ne vous veulent pas de bien.
Mais elle est une fois de plus pécheresse, ce péché-là venant confirmer les précédents, ce péché-là dénonçant l’ancienneté du péché en elle. Sur quelques blogs de confrères, à la radio ou dans quelques papiers ce matin, on sent courir ce frisson-là : on ne lui reproche pas de déroger ou d’avoir mauvais goût, mais de démasquer soudain vie et œuvre antérieurs, qui étaient forcément de la même malice que ses amours actuelles. Le péché, le péché, le péché...


PS. – Une dernière chose, utile à répéter dans ce pays catholique : Jean Calvin (ami de la gaudriole s’il en est !) nous a sainement rappelé que le contraire du péché n’est pas la vertu. Le contraire du péché, c’est la foi. Cela seul compte.

4 commentaires:

Stephane Baquet a dit…

Je vais mettre votre interview (le figaro.fr) sur YouTube car j'ai rarement vu pareil moment de pédanterie et de ridicule.

Anonyme a dit…

C'est quoi et où cette interview ?
Moi je trouve ce papier-ci ambigu mais pas dénuer d'intérêt.
Sylvain
parlhot.over-blog.com

Anonyme a dit…

Non mais franchement ce papier est ridicule! On ne va pas faire un comité de défense de carla Bruni. Elle a du talent, certes, mais elle est hystérique et mégalo et tout le monde le sait ! Sa mégalo l'a conduite à une vulgarité irréversible et c'est tout. Dans deux mois cette histoire sera terminée et le Président trouvera encore un autre effet d'annonce pour masquer des réformes dictatoriales. C'est contre cela qu'il faut s'indigner, par contre les attaques sur les névroses d'une chanteuse, même si elle a fait un bon disque. Et il faut croire que vos collègues qui l'ont assassinée dès le départ ne se sont pas tant trompés que cela sur les intentions du personnage!
Vous avez un côté curé qui est insupportable!

Eugenor a dit…

Très bonne analyse, qui rejoint (en mieux écrit, forcément) ce qui m'avait frappée à l'annonce de cette nouvelle... la propension des pauvres journalistes hyéneux (si si, ça existe, c'est entre la haine et la hyène) à se jeter sur l'affaire pour se gausser (ils peuvent s'ils veulent) et en profiter pour se vanter ("De toutes façons, je l'avais bien dit, elle est nulle et je le savais"...) ou justifier de ne pas être inscrit sur sa liste ("C'est une vilaine et j'aurais jamais voulu qu'elle m'embrasse..." ) tout cela m'avait bien fait rigoler, (et un peu pleurer)... disons que c'est là que personnellement j'avais vu le ridicule.
Merci BD, j'aime bien ce que vous faites.