mardi 5 janvier 2010

Les Francs Garçons, notre meilleur passé

L'autre jour chez Valli, nous discutions de Sting et de son If On A Winter’s Night, que j’ai beaucoup réécouté ces jours-ci – après tout, c’est l’hiver. De façon moins ouvertement didactique que pour Songs from the Labyrinth, consacré aux chansons de Dowland, il manifeste combien les Anglais sont à l’aise avec leur passé et, en creux, combien nous avons, en France, une réticence presque génétique à nous emparer du passé.
Certes, on compile avec bonheur tous nos grands maîtres du passé et la reprise un peu érudite est, dans tous les genres en usage en France, une obligation presque syndicale à tous les concerts. Mais les rares entreprises d’exploration-réappropriation-réinterprétation de notre patrimoine musical sombrent en général dans l’indifférence, comme le sublimissime album D’un siècle à l’autre, qui reprenait en 2007 quelques joyaux de la mélodie française. Et il faut être un cinglé, j’avoue, pour chanter en France la gloire de Richard Thompson et de son 1000 Years of Popular Music dont il a dû se vendre quatorze exemplaires dans les Fnac – dont treize à des anglo-saxons exilés.
Donc voilà : je n’ai pas un amour immodéré pour Sting, The Police et l’écologisme à cheveux courts, mais je dois reconnaitre que je suis jaloux. Alors, nous eûmes bien Malicorne et Marions les roses, Guy Béart et Vive la rose, La Tordue et La Rose et le Réséda (eh oui, mon gars, c’est une liste cohérente aussi pour sa valeur culturo-musicale, pas seulement pour l’horticulture). Mais encore ?
Je ne désespère pas que l’on réévalue un jour les Francs Garçons, qui est un de mes groupes préférés depuis la fin des années 60. Pendant vingt ans, je ne les avais pas réécoutés jusqu’à ce que je rachète, il y a une douzaine d’années, un de leurs 33 tours. Et là, boum badaboum, l’amour fou : toute l’histoire de notre chanson ramassée, des complaintes antimilitaristes du Premier Empire à Quand un soldat de Francis Lemarque, les fantaisies d’ancien régime (La Fille du marché ou le très vénérable Le Roi a fait battre tambour) et Le Petit Oiseau de toutes les couleurs de Gilbert Bécaud. Et tout ça est à la fois trad et avant-garde, Art Ensemble of Chicago et Enfants Terribles, très vocal et très instrumental, très révolutionnaire et très enraciné.
Vu l’état actuel de la maison Sony, je désespère que leur premier album CBS soit un jour réédité, et nous sommes encore loin des cinquante ans qui me permettraient de tout faire partager librement des Francs Garçons sur un site ou un autre. Heureusement, il doit y avoir à l’Ina un frappé dans mon genre. Les quatre seules chansons interprétées à la télé par les Francs Garçons sont disponibles au téléchargement (ce que vous aviez compris si vous aviez suivi les liens ci-dessus, mais les titres donnés par l'Ina sont en général fautifs). Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis prêt à rembourser les déçus – je suis Auvergnat, aussi – mais le cœur y est...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

MERCI , pour ces commentaires Michel PROUTEAU chanteur des FRANCS GARCONS vient de nous quitter en ce debut 2010, suite de longue maladie..

Pierre Coupin a dit…

J'ai du voir les Francs Garçons en première partie de Felix Leclerc à l'Alhambra il y a.... je devais avoir 14 ou 15 ans ! C'est comme si c'était hier ! Arrangements magnifiques, spectacle visuel aussi avec des effets de lumière style bombes sur la ville pour "Quand un soldat". Depuis internet, j'ai souvent cherché s'il y avait eu d'autres enregistrements après le 33 tours dont vous parlez... Mais il y a peu d'informations...
En tous cas, çà m'a fait plaisir de vous lire, même si c'est deux ans après !

frederic genest a dit…

Totalement enchanté de lire ceci car je suis le 14 eme acheteur du coffret de Richard Thompson ET un fan depuis mon enfance de cet album des francs garçons!

Xavier a dit…

Grâce à vous, j'ai retrouvé les Francs garçons que j'écoutais en boucle, quand j'étais adolescent. Etait-ce une fascination particulière pour la voix de basse profonde d'un des chanteurs ? C'est vrai que j'essayais de faire aussi bien ! Je devais avoir l"air un peu ridicule. Musicalement plus formé aujourd'hui, je découvre la richesse de leurs arrangements, l'originalité de leur démarche et des auteurs Francis Lemarque, Ricet Barrier ...

Anonyme a dit…

Merci de les faire fugacement revivre.
Je les préférais sur disque, je les avait vu deux fois, en salle et en plein air, sans être très emballé, mais les voix sont belles et les arrangements très modernes pour l'époque.