vendredi 5 septembre 2008

Delermité I : Vincent Delerm toujours au théâtre

Vincent Delerm n’a pas quitté le théâtre. En réécoutant son prochain disque, Quinze chansons (formidable, émouvant, virtuose), je suis encore une fois frappé par l’emploi presque systématique du vocatif. Dans Tous les acteurs s’appellent Terence, par exemple, qui ouvre l’album (arrangements mi-Georges Delerue, mi-George Martin), ce n’est pas un tableau brossé avec l’apparat de l’objectivité. Il s’adresse à une seule personne : « Tous les acteurs s’appellent Terence/Tu vois un peu l’époque, l’ambiance ». Et dans ce récit de tournage, il remet du style indirect : « Dans quarante ans les deuxièmes rôles/Diront « Elle était tellement drôle ».
C’est-à-dire que, non content de mettre une origine à son point de vue (il y a beaucoup de « je » dans son écriture), il formalise aussi l’adresse, la direction du discours. Ce n’est pas une personne qui parle d’une situation, d’un sentiment, d’un personnage, c’est l’enregistrement de dialogues, un théâtre où bruisse une parole d’une vérité intense (sublime parfois, dérisoire parfois, foudroyante parfois).
Rarement ses chansons sont d’un point de vue surplombant, mais s’extirpent du flot de paroles contemporain. C’était La Vipère du Gabon sur le premier album, c’est encore Un temps pour tout, North Avenue, Shea Stadium et quelques autres sur le nouvel album. Des phrases saisies au vol, retranchées du monde pour entrer dans l’art, un peu comme jadis chez Nathalie Sarraute. Une écriture qui, même lorsqu’elle est lyrique, emprunte aux constats du théâtre plus qu’aux romantismes de la chanson. La continuité est parfaite entre ses albums et sa pièce Le Fait d’habiter Bagnolet.
D’ailleurs, cela convient bellement à la technique chantée de Delerm, qui énonce plus qu’il ne projette, qui dévoile plus qu’il ne transfigure, qui dit plus qu’il ne chante.
(Enfin, je ne veux pas dire qu’il ne chante pas. Il n’est pas techniquement de la confrérie de Réda Caire, de Florent Pagny et de Roberto Alagna, mais plutôt de celle de Maurice Chevalier, Serge Gainsbourg et Miossec, pour qui le propos est central dans l’intention.)

2 commentaires:

bennylesbonstuyaux a dit…

Tu as vraiment beaucoup de chances. Merci pour ta critique.

v a dit…

tu restes la plus belle plume que nous ayons ... ça fait tellement plaisir quand cela concerne nos artistes, tellement plaisir lorsqu'il s'agit de Vincent
très amicalement
vincent f