mercredi 20 juin 2007

Daniel Lavoie, histoire tendre, histoire cruelle

Beaucoup vu Daniel Lavoie, ces jours-ci. Une interview mise en boîte pour sa tournée à la rentrée, puis un dîner chez sa productrice Danièle Molko (Michel Fugain passe, on se trouve à parler de la Casa Musicale à Pigna, en Corse, lieu de musique si accueillant qui a charmé aussi Marcel Pérès ou les aventuriers de Décor Sonore).
Un personnage plus attachant, dont quelques instants de ses chansons mériteraient d’être enseignés à tous et à chacun. Par exemple dans Zavez des bonbons, sa manière de dire « Zavez des bonbons ? – Non, pas de bonbons. » Il y a là toute la cruauté de la vie que l’on nous fait, toute la férocité de notre richesse. Pas de bonbons. Pas de consolation malgré le bonheur, pas de consolation malgré la détresse, pas de consolation malgré l’indifférence – un temps qui nous dit non.
Lui-même est manitobain. Quelques milliers de francophones isolés dans un océan de 350 millions d’anglophones, sans voisins qui parlent leur langue. « Quand je suis arrivé à Montréal, j’ai été surpris de voir que les enfants jouaient en français dans la rue. Chez moi, personne n’aurait osé », me raconte-t-il. Vu d’ici, vu de maintenant, l’ahurissement : une langue honnie, une langue ségréguée au point que, chez les Jésuites où tous les cours étaient en français, il parlait anglais dans la cour avec ses copains.
Il explique combien les Manitobains francophones sont toujours pudiques, secrets, précautionneux. Ils ont tellement tu leur langue, leur identité. Son dernier disque, Docteur Tendresse, le dévoile beaucoup. Mais il n’ira pas plus loin, sans doute. Il sourit. Pas de chanson sortie du confessionnal, pas de dévoilement absolu, pas de mise à nu. Il a quitté le Manitoba, alterne le Québec digne et la France fiérote. Mais il garde la blessure du commencement – le français dont l’on a honte, l’humiliation du nom de famille prononcé à l’anglaise, le devoir de parler mieux anglais que les anglais… Alors, sous la tendresse des chansons, sous le cœur montré, il reste la balafre, la brûlure. L’histoire est curieuse, vient d’un pays développé, d’une époque toute proche. Les chansons, hélas, ne guérissent pas de tout. Ça se saurait.

3 commentaires:

Rodrigo a dit…

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Anne-Marie a dit…

Très bon commentaire ...
Mais pourquoi ne pourrait-il pas être dans le Figaro, dans Chorus ou ailleurs ??? et pourquoi ne pas en parler au 'Fou du roi' ou sur RFI ??? ...
Daniel Lavoie mériterait tellement plus d'attentions de la part des médias ... Ses albums et sa musique sont bien autre chose que les mièvreries qu'on nous diffuse à longueur d'année ...
Vous dites "Les chansons, hélas, ne guérissent pas de tout.", quand même elles font souvent beaucoup de bien !... Ses musiques sont magnifiques, par exemple celle de la 'Naîade' dans son dernier album 'Docteur Tendresse' est une pure merveille ...
Bien sûr ses chansons font aussi réfléchir,mais Daniel a pris le parti de rester optimiste et il y a toujours un peu de soleil au bout de ses chansons...
En tout cas merci d'avoir mis ce commentaire ...

Michèle a dit…

Anne-Marie a tout à fait raison, ce commentaire sur Daniel Lavoie est excellent mais il faudrait effectivement qu'il soit publié dans de grands magazines ou de grandes émissions de télévision afin qu'il soit lu et entendu du plus grand nombre.
Daniel Lavoie a un talent immense. Sans parler de ses anciens albums ( 19 quand-même ) les chansons du dernier en date " Docteur Tendresse " sont magnifiques. Et vous avez raison, ma préférée est " Z' avez des bonbons " douce et amère, amusante et cruelle à la fois. Quant à la musique de " La Naïade ", une merveille.
S'il vous plait, sur les radios et télévisions, est toujours diffusée la même chanson, très belle, je le conçois, mais il y en a tant d'autres tout aussi belles ........ tiens justement " Belle " pas celle de Notre Dame de Paris, non une chanson de Daniel Lavoie écrite bien avant la comédie musicale, une merveille !!
Bien cordialement,
Michèle